Aphorisme - Le croûton de Sun-tzu.

Publié le par Le Panda

"C'est celui qui mange le plus de pain qui a gagné."

Cet aphorisme, formidable hommage au zen, est la forme simplifiée d'un aphorisme bien plus ancien qui n'en avait d'ailleurs pas vraiment la forme et qui était le suivant : "C'est celui qui réussit à ammener le combat sur un terrain qui est éminament plus favorable à ses troupes qui, la plupart du temps, disons... neuf fois sur dix, a toutes les chances de remporter la victoire, et plutôt haut la main qui plus est ; limite fanny."

Ce vieil aphorisme, utilisé par Sun-Tzu dans la version alcoolisée de l'Art de la Guerre, s'employait à tort lorsque l'on voulait signifier à un tiers que rien n'était acquis sans bataille, et encore moins une bataille. "À tort" bien entendu puisque, si vous avez bien suivi, l'aphorisme en question ne parle absolument pas de cela. Enfin je ne sais pas vous, mais pour ma part j'ai bien suivi et je peux vous le dire : ça ne parle absolument pas de cela.

Ceci étant dit, c'est certainement cette confusion dans l'utilisation de l'aphorisme qui l'a vu évolué au fil des siècles. Après un changement de cap un chouia trop radical à mon goût, l'aphorisme est d'abord devenu "C'est, neuf fois sur dix, haut la main de Fanny" ce qui, je l'admets bien volontiers, ne voulait absolument rien dire mais avait le mérite de ne pas prêter à confusion. Puis, sous la pression de sémanticiens extrémistes hermétiques à toute évolution artistique, il fallu donner un sens à tout cela si bien que, petit à petit, on a vu naître tour à tour : "Neuf fois sur dix, Fanny gagne", "Hier, Fanny a gagné 10 à 9" puis "Dis moi si le 9, éventuellement, vous seriez dispos toi et Fanny", avant que Fanny, pour des raisons probablement pas très nette d'adultère, ne disparaisse du tableau et que l'aphorisme devienne plus consensuel avec ses formes suivantes : "Dis moi si le 9, éventuellement, tu aimerais manger du pain au noix""J'aime beaucoup ta chemise", "Tu gagnes à être connu", "C'est celui qui mange le plus de pains aux noix qui gagne à être connu, et ce quelque soit sa chemise" puis finalement "C'est celui qui mange le plus de pain qui a gagné".


"Alors", me direz-vous, "que reste-t-il des leçons éclairées de Sun-tsu ?"
Je pousserais bien l'humour jusqu'à dire "quelques miettes éparses", mais je crois qu'après une telle démonstration d'érudition, la moindre des choses est de s'assoir calmement, de laisser les mots chanter l'hymne clair et pénétrant du zen, et de méditer sagement avec un minimum d'humilité.

Publié dans Aphorismes

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Cromax 09/10/2006 09:33

Et pourtant, malgré cette évidente contribution du premier des aliments à la victoire, il reste quelques grincheux pour croire possible une extinction du dit pain, et clamer partout "Un jour, en vérité je vous le dis mes frères, un jour, si on ne mange plus de pain, il n'y en aura plus !".

Alors quoi ? D'abord, si on s'en réfère à Sun Tzu, on peut lire cette jolie phrase comme "si on n'essaie plus d'atteindre la victoire, il n'y aura plus de moyen d'atteindre la victoire". Une espèce d'ode anti-défaitisme, quoi. C'est sympathique, finalement, et ça fait des grincheux acâriatres de tout à l'heure des gars plutôt amicaux. Quand on vous disait que se ressourcer à Sun Tzu est important ! Le zen change toute notre vision du monde.

Sinon, on peut aussi dire que, si on ne mange pas de pain, on se contrefout un petit peu quand même qu'il n'y en ait plus. Faudrait pas nous prendre trop pour des trompettes, hein. Bien sûr, ça peut encore chagriner les quelques pervers qui n'utilise pas le pain comme nourriture, mais... pour autre chose. M'enfin vous admettrez quand même que de là à aller retourner Sun Tzu dans sa tombe...